La difficulté d’enseigner ce qui nous parait évident

« Ca parait pourtant évident, ça coule de source. Mais pourquoi il ne comprend pas ? » Voila une pensée que beaucoup d’entre vous ont surement déjà eu face à une personne qui ne comprend pas ce qu’on essaye de lui enseigner. Il faut alors trouver un moyen d’expliquer un raisonnement qui pour nous, semble évident et naturel.

Certes ce n’est pas facile et cela demande beaucoup de patience. Si je vous parle de ce sujet aujourd’hui, c’est parce que j’ai récemment vécu cette situation en temps que personne qui essaye de faire comprendre un concept, puis en temps qu’apprenant. Pour mieux comprendre revenons à ma journée de lundi.

Lundi matin, j’étais sur mon lieu de stage dans une classe de CP. Lors d’une séance de mathématiques, les enfants apprenaient à compléter des suites de nombres. Ils avaient sous les yeux une suite de nombre régie par une règle (« on ajoute toujours 2 à un nombre pour trouver le suivant » ou encore « on ajoute toujours 5 à un nombre pour trouver le suivant »). Le but était de compléter cette suite. Ils devaient donc trouver la règle qui régissait la suite en observant les premiers nombres, puis compléter cette suite avec cette règle. Après plusieurs entrainements au tableau, les élèves semblaient comprendre et l’enseignante leur donne alors des exercices à faire individuellement. L’enseignante et moi-même sommes à la disposition des élèves qui ont besoin d’aide. Je remarquais que la plupart des enfants avaient des difficultés avec une suite :                 46 - 44 - 42 - …

Si la grande majorité des enfants arrivait à découvrir et appliquer une règle utilisant l’ajout, ils n’arrivaient pas à comprendre une règle utilisant la soustraction. Même lorsque je les aidais à découvrir la règle, ils n’arrivaient pas à l’appliquer (ils ajoutaient souvent deux). J’ai donc utilisé plusieurs moyens pour essayer de leur faire comprendre qu’une suite de nombre pouvait être décroissante. Je sentais que je m’impatientais, mais j’essayais de ne rien laisser paraitre. Je me suis même sentie frustrée par le fait que ces enfants ne comprenaient pas quelque chose qui me paraissait si simple, logique et évident. Après cette expérience assez éprouvante pour moi, je suis rentrée chez moi en  pensant que cela devait être difficile pour un enseignant d’être confronté à ce genre de situation. Il faut avoir de la patience et être capable d’expliqué une chose de plusieurs façons et de la reformuler.

Lundi après midi, à peine deux heures plus tard, je rejoignais l’auto école pour prendre ma troisième leçon de conduite. Le thème du jour était apprendre à passer les vitesses en utilisant la pédale d’embrayage. N’étant par très à l’aise avec les commandes de la voiture, j’avais du mal à tout retenir et à coordonner mes mouvements. Après 45 minutes de conduite dans les rues de Lyon, je ne maitrisais pas encore totalement mon sujet. Pour moi, tout cela était nouveau, rien n’était évident et j’avais vraiment du mal à utiliser les pédales de manière naturelle. Je sentais que le moniteur qui m’accompagnait commençait à s’impatienter. Malgré le fait qu’il me répétait que ce geste était simple et devait devenir une habitude, je ne saisissais pas. Pire, je paniquais et je désespérais. Cette fois si, en rentant chez moi, je me disais qu’il était vraiment éprouvant d’être dans la position de quelqu'un qui tente d’apprendre quelque chose qui parait évident à l’enseignant. On ressent une certaine pression et si on n’apprend pas assez vite on a la sensation de ne pas être compétant. Celui qui enseigne oublie parfois que pour lui aussi cet apprentissage n’était pas facile. Il arrive parfois d’oublier qu’on est soi-même passé par une phase d’apprentissage avant qu’une notion nous semble simple et évidente.

Après cette journée qui m’a permis d’expérimenter deux positions opposées, je me suis posée beaucoup de questions. Comment se mettre au niveau de l’apprenant qui découvre quelque chose de nouveau ? Comment gérer sa propre impatience ? Comment mettre l’élève en confiance pour qu’il apprenne dans les meilleures conditions ?

Le fait d’avoir été dans la position de l’apprenant m’a permit de réellement comprendre que ce peut être une position angoissante si on sent l’impatience, voire l’énervement de celui qui enseigne. Cette expérience m’a aidée à être encore plus compréhensive et patiente envers les élèves qui ont besoin de temps et de plusieurs explications pour apprendre.

Avez-vous déjà vécu des expériences similaires ?

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